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Hirudothérapie

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L'hirudothérapie est une thérapie utilisant des sangsues. Le principe est de profiter de la capacité de certaines sangsues – de manière presque indolore – à  prélever du sang humain tout en injectant un anticoagulant (hirudine) et un anesthésique naturel bien tolérés par l'organisme humain.

La sangsue a un effet immédiat et local, comparable à celui d'une petite saignée, mais avec moins de douleur et avec le bénéfice supplémentaire d'une liquéfaction du sang (qui améliore le retour veineux avec pour inconvénient cependant de causer un saignement de la plaie durant de 6 à 12 heures environ).

Ce sont principalement les différentes substances contenues dans la salive de la sangsue qui sont efficaces. On a détecté près de 60 protéines salivaires différentes chez les sangsues, notamment :  l'hirudine (anticoagulant, principal responsable de la fluidification du sang), l'apyrase et la collagénase et la caline (inhibiteurs de l’agrégation plaquettaire), la destabilase (qui dissous les caillots sanguins), l'hyaluronidase (inhibiteur du facteur Xa), les fibrinases I et II (anticoagulants), l'égline qui est un anti-inflammatoire puissant.

Les bienfaits des sangsues s’étendent à de nombreux domaines : indiquées pour les douleurs du dos, arthroses en particulier du genou et du pouce, entorses, tendinites, hématomes, ostéoarthrite, furoncles, abcès, panaris, hypertension, hémorroïdes, période (règles) absente ou douloureuse, apoplexie, angine de poitrine, infarctus, congestions veineuses dans les varices et en chirurgie réparatrice et reconstructive. Elles sont contre-indiquées dans les troubles de la coagulation sanguine (déficit de coagulation induit par un médicament, ou hémophilie), anémie grave, immunosuppression.

Plusieurs espèces de sangsues sont capturées pour cet usage depuis l'Antiquité, dans leur environnement naturel (étangs, cours d'eau lents, mares, bassins) où elles vivent. La plupart des espèces utilisés sont du genre Hirudo mais d'autres espèces et genres peuvent être utilisées. De nos jours au moins quatre espèces (et leurs variants et/ou sous-espèces, selon les auteurs et époques) forment un complexe taxonomique et ont été privilégiées en Europe pour leur facilité de conservation et pour leur relative docilité (elles survivent un an avec un seul repas de sang et ne s'attaquent pas entre elles) : Hirudo medicinalis (= Hirudo officinalis Savigny 1822), ou « sangsue médicinale européenne », Hirudo verbana Carena, 1820 ou « sangsue médicinale méditerranéenne » souvent élevée à la place de Hirudo officinalis, Hirudo orientalis ou « sangsue médicinale caucasienne » (en réalité transcaucasienne) considérée depuis 2005 comme une espèce à part entière et antérieurement considérée comme une variante orientale d’Hirudo medicinalis et parfois aussi dénommée sangsue de Perse ou sangsue géorgienne (selon un spécialiste russe des sangsues E.I Lukin en 197620), Hirudo troctina Johnson, 1816 ou « sangsue médicinale nord-africaine » autrefois dénommée « dragons » ou « sangues-dragons » par les marchands de sangsues médicinales.

Histoire

Les sangsues médicinales sont utilisées à des fins thérapeutiques depuis plus de deux millénaires dans plusieurs civilisations (Arabie, Chine, Inde, Égypte et Occident). La première mention documentée est un tombeau égyptien daté d'environ 1500 avant notre ère.

L'utilisation s'est poursuivie durant l'antiquité grecque et romaine. 100 ans av. J.-C., Horace fait allusion à la faculté des sangsues d'absorber le sang, Thémison de Laodicée en parle. Un siècle après, Pline l'Ancien les recommande contre le gonflement des hémorrhoïdes. En 360 Oribase les prescrit contre l'inflammation des yeux alors que Paul d'Égine (Paul Éginète) les utilise contre les fièvres inflammatoires. En 445 Aétius les juge efficace contre la manie.

Au fil des âges elles sont utilisées pour soigner les laryngites aigües, les néphrites, des névralgies, l'épistaxis, des ophthalmies, des gastrites aigües, la scarlatine, l'appendicite, les AVC (congestions cérébrales).

Au Moyen Âge, vers 1020, dans son "Canon", Avicenne considére que l'application de sangsues est plus utile que l'utilisation de ventouses pour "retirer le sang des parties du corps les plus profondes" et propose également leur utilisation pour le traitement de maladies de la peau. L'utilisation de sangsues est alors devenue une méthode thérapeutique populaire.

Au XIIe siècle ʿAbd al-Latîf al-Baghdâdî propose une utilisation en médecine et écrit que les sangsues peuvent être utilisées pour le nettoyage des tissus après une intervention chirurgicale. Au XVIe siècle Alexander Benedictus les utilise contre les étourdissements. En 1665 Jérôme Nigrisoli en fait un usage gynécologique interne qu'il décrit dans un mémoire sur l'application des sangsues à la partie interne de l'utérus. Au XVIIIe siècle, elles sont remises à l'honneur pour traiter les phlébites et les hémorroïdes. Durant la Révolution française, avec le manque de chirurgiens, elles sont très utilisées pour réaliser les saignées.

Au XIXe siècle, elles sont élevées dans des étangs et bassins spécialisés (parfois de manière semi-industrielle), avant d'être vendues, puis conservées vivantes par les apothicaires, hôpitaux, médecins en attendant d'être utilisées. François Broussais (1772-1838) auteur de la « Théorie des sangsues » affirme qu'elles sont plus efficaces que les saignées. De 1815 à 1855, l’engouement des médecins et du public pour les sangsues est tels qu’il déclenche une surexploitation de la ressource qui se traduit par une forte hausse des prix. On les utilise sur tout le corps hormis le centre du visage, les seins et la verge, Broussais recommande d’utiliser jusqu’à une centaine de sangsues adultes par séance. En 1832, les apothicaires et hôpitaux de France et d’Angleterre achètent massivement en Espagne, Russie, Grèce, Turquie, Hongrie des millions de sangsues, pendant que la Sologne est partout prospectée et que des éleveurs s'installent en Brière. Parmi les promoteurs de la sangsue figure le Dr Élie Ebrard (auteur d'un Mémoire sur les Sangsues et d'une monographie de 1857) où il précise les mœurs des sangsues, leurs modes de nutrition et de reproduction (formation des œufs ou cocons), leur croissance, ennemis, leurs maladies.

A la fin du XIXe siècle, les hygiénistes combattent ce traitement. Et à la veille de la seconde guerre mondiale, en 1938, elles ne sont plus citée par le Codex français et quittent alors les officines de pharmacie françaises et des pays riverains.

Au XXème sièclecertains médecins continuent à les utiliser et un article médical de 1949 et recommandent leur utilisation « pour les congestions viscérales, les péricardites, les myélites, l’œdème laryngé, l’angine de poitrine, l’hémiplégie, les autres états congestifs et inflammatoires (céphalées, vertiges, otites, entorses et luxations, les contusions) ». Elles disparaissent ensuite rapidement de la panoplie des moyens thérapeutiques européens, même si encore citées par le Dictionnaire Vidal de 1960 (avec une page complète d'indications thérapeutiques des sangsues médicinales). Il faut attendre 1972 pour que la sécurité sociale arrête officiellement de rembourser leur usage.

Le Pr Jacques Baudet (né le 11 janvier 1938) les remets à l'honneur en France, en chirurgie plastique et réparatrice, du fait de leur "appétit" pour le sang désaturé en oxygène, comme seul moyen de sauver un greffon cutané en train de mourir à cause d'une stase veineuse, la où le retour veineux s'effectue mal.

Au XXIe siècle, des études indiquent qu'elles peuvent soulager l'arthrite et d'autres maladies. Aux Etats-Unis, la Food and Drug Administration (FDA), a réautorisé la vente et l'utilisation des sangsues en limitant toutefois leur utilisation à la microchirurgie et aux chirurgies plastiques. Elles sont aussi utilisées par la médecine contemporaine pour certains traitements post-chirurgicaux. Des femmes garde-malades emportent à domicile les sangsues pour les appliquer sur les malades, sur indication du médecin.

De nos jours, le commerce des sangsues se poursuit et il existe encore quelques grands élevages (hirudiniculture) de sangsues en Russie et en Europe du nord. En France il n'existe qu'un unique établissement d'élevage en Gironde. On estimait en 2010 qu'environ 110 000 sangsues de l'espèce Hirudo verbana sont produites par an en France. De 10 000 à 20 000 de ces invertébrés sont encore achetés par des hôpitaux français, 80 000 par des hôpitaux américains, le reste étant vendu directement à des médecins, naturopathes, kinésithérapeutes et particuliers.

La séance

Le naturopathe (ou le praticien des services de chirurgie des grands hôpitaux) identifie la problèmatique du (de la) patient-e et les zones correspondantes à traiter.
Une sangsue adulte qui a jeûné au moins 4 mois (elles peuvent survivre plus de 2 ans après un seul repas) mord très bien ; elle peut alors absorber jusqu’à 10 fois son propre poids de sang en un seul repas (5-15 ml de sang). En 20 à 60 minutes, elle se gave de sang et se détache d'elle-même. Il s'ensuit un saignement de 4 à 12 heures après le traitement. Cet effet de saignée est recherché pour diminuer la stase.

Pour aller plus loin

Livres :  "La thérapie par les sangsues Secrets et bienfaits de l'hirudothérapie" de Kähler Schweizer D (Editions Jouvence, 2008); "Propädeutik der Humoraltherapie Heidelberg", de Abele J (Ed Haug Verlag, 1992); "La sangsue 1916" du Dr es-sciences Anglas, J.(Ed Vigot frères); "Traité de la sangsue médicinale" du Prof Vitet, Louis (Paris, H. Nicolle, 1809); "Manuel d'hiridiculture" de Busquet; "La sangsue médicinale, thèse de Doctorat" de Chambron P (Faculté de pharmacie de Lyon, 1938); " Histoire naturelle et médicale des sangsues" de Baillères (Ed Derheims 1825); "Traité pratique des Sangsues" de Martin J (Imprimerie Panckouche, 1845 Paris; "Hirudo medicinalis : intérêts pharmaceutiques de l'Antiquité à nos jours" de Prat S (Thèse pour le diplôme d'état en pharmacie. Université de Limoges, faculté de pharmacie, 3 avril 2013, 1-148); "Mémoire sur l'emploi des sangsues dans les maladies" de Trumer A.D (Bibliothèque médicale nationale et étrangère, Bruxelles, tome I, 1824)

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